En voiture!!

Une autre visite culturelle avec mon groupe de madames. Une autre "commande" d'un article pour le journal de l'association. Une autre primeur mondiale!!

Voici l’histoire d’une prophétie. C’était au Kenya, il y a longtemps ; très longtemps. Un sage avait mis en garde les populations : « Un grand serpent de fer cracheur de fumée et de feu amènera, au cœur de nos terres, des étrangers au teint rose. Ne les combattez pas ! Car ils seront beaucoup mieux armés que vous ! »

Les années passent. Le Kenya devient une colonie britannique. A Londres, certains rêvent de relier Mombassa au Lac Victoria par une voie ferrée, pour désenclaver les contrées intérieures. Un projet d’une envergure jamais réalisée auparavant ! Au parlement britannique, les protestations sont vives et les sceptiques nombreux quant à l’éventuelle rentabilité d’un tel investissement. Pourtant, en 1896, la construction commence et, avec elle, une folle aventure qui a profondément marqué le Kenya contemporain.

Les populations locales sont très peu enclines à travailler à la construction du chemin de fer. Non seulement sont-elles réticentes à quitter leurs familles, mais aussi refusent-elles d’être payées en « pièces de métal » ! Les roupies que leur offre la East African Railway Corporation n’ont aucune valeur aux yeux des Kenyans habitués au troc. Qu’à cela ne tienne, on fera appel à la main d’œuvre indienne, elle aussi, sujet de Sa Majesté. C’est d’ailleurs de cette époque que date l’importante implantation indienne au Kenya.

Des défis de taille attendent les travailleurs tout au long du parcours qu’empruntera le chemin de fer. Il faut traverser des zones semi-désertiques, escalader des montagnes, enjamber des rivières, grimper à 1 660 mètres d’altitude pour atteindre Nairobi, et plonger de plus de 450 mètres pour franchir l’escarpement de la Vallée du Rift ; s’approvisionner en eau douce, en nourriture ; affronter la malaria, la maladie du sommeil, la variole.

Si les populations locales ne semblent pas avoir fait barrage à la poursuite du projet, il en fut autrement pour les lions du Tsavo. Ces félins sans crinières ont terrorisé les équipes en pénétrant dans les camps, la nuit, pour attaquer, emporter les hommes et les manger paisiblement dans la savane. Ni les barrières érigées autour des campements, ni les feux allumés pour percer les ténèbres, ni le bruit sensé effrayer les bêtes n’ont intimidé les deux lions mangeurs d’homme. Il s’agissait que J. H. Patterson, l’ingénieur en chef, britannique et armé, soit à un endroit pour que les lions en attaquent un autre. Il n’en fallait pas plus pour conclure que les lions étaient habités par l’esprit des ancêtres ! Morts de peur, les travailleurs indiens ont fait la grève pendant 2 semaines ! 9 mois plus tard, Patterson a finalement tué les félins anthropophages et ils posent aujourd’hui au Musée d’Histoire Naturelle de Chicago, au grand dam du conservateur du Musée du Train de Nairobi, qui voudrait bien pouvoir les montrer à ses visiteurs !

En 1899, les rails atteignent ce que nous connaissons aujourd’hui comme Nairobi. A l’époque, personne n’y vit réellement. Nairobi, qui signifie en Masaï ‘là où il y a de l’eau douce’, porte bien son nom. Les Indiens y voient un potentiel non négligeable et ils se mettent à commercer avec les populations environnantes qui passent par Nairobi. On y fait un dépôt de matériaux pour la suite de la construction. Les bureaux de la compagnie ferroviaire déménageront éventuellement de Mombassa à Nairobi qui deviendra la capitale du pays en 1905.

En juin 1900, le chantier atteint la Vallée du Rift. Le terrain accidenté ne sera pas le seul obstacle à se dresser contre les travailleurs. D’abord, un autre lion emportera pour dégustation, à travers la fenêtre de son wagon, le surintendant de police C.H. Ryall, endormi pendant son tour de garde pour justement tuer le dit-lion, sous les yeux effarés de son compagnon de couchette qui, faute de mieux, s’est réfugié dans le toilettes ! Le wagon numéro 13 (coïncidence ou présage ?), où se seraient déroulés les tristes événements, peut être visité au Musée du train de Nairobi.

Ensuite, et pour la seule fois dans toute l’histoire de la construction, les populations locales se sont soulevées contre les travailleurs étrangers. En effet, les Nandi se sont avérés hostiles au passage du train sur leurs terres. Faisant fi de la prophétie ancienne, ils ont attaqué les travailleurs.

En 1901, les fonds s’épuisent. Le projet a déjà englouti des sommes considérables. Les rails ont atteint Kisumu, sur les rives du Lac Victoria, et n’iront pas plus loin. L’aventure se termine, après 5 ans de labeur, 930 kilomètres franchis, 3 800 travailleurs indiens, dont 132 mangés par les lions, et 3 lions sacrifiés.

Une partie de la ligne ferroviaire d’origine est encore opérationnelle. Les aventuriers nostalgiques de la belle époque peuvent se rendre de Nairobi à Mombassa à bord du Lunatic Express, en 12 à 15 heures. Un projet d’élargissement des rails est en cours, financé par la Banque Mondiale. Moyennant le respect des échéances (et la collaboration des lions !) on nous promet la côte en 3 heures, dès 2013 !

Légende urbaine, conte fantastique ou récit historique, la construction de la ligne de chemin de fer reliant Mombassa au Lac Victoria est une réelle épopée. Retracez-en les grandes lignes, admirez les vestiges d’une époque révolue et visitez quelques wagons mythiques (comme la locomotive utilisée dans le film Souvenir d’Afrique !) au Musée du Train de Nairobi. Un voyage dans le temps assuré !

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